Santé au Cameroun : Dr Albert Ze dénonce un système qui oublie les leçons du Covid
Selon l’économiste de la santé, en ne pérennisant pas les acquis de la période COVID, le Cameroun se rend coupable d’un gaspillage de ressources sans précédent.
Pour le Dr Albert Zé, les financements massifs, issus tant du budget de l’État que de la solidarité internationale (FMI, Banque Mondiale, partenaires bilatéraux), auraient dû servir de fonds de roulement et d’investissement initial pour une architecture sanitaire résiliente.
« DE LA RÉPONSE COVID A LA CSU : L’impératif d’un Centre National de Gestion de Crise au Cameroun
Lorsque j’observe l’ancien bâtiment d’Orca qui a abrité le centre de prise en charge du COVID-19 être réhabilité pour d’autres usages, un constat amer s’impose : le Cameroun peine à capitaliser sur ses expériences pour atteindre ses objectifs de développement, particulièrement dans le secteur de la santé.
Une question fondamentale demeure : notre système de santé n’a-t-il conservé aucun patrimoine de cette crise ?
Pourtant, une urgence sanitaire constitue une opportunité majeure de construction et de restructuration. Comment avons-nous pu manquer l’occasion d’exploiter ces externalités positives ? La réponse semble évidente : la santé n’est pas encore une priorité stratégique concrète. Si les politiques de développement l’évoquent dans les discours, la réalité du terrain dément les intentions.
Nos propositions durant la pandémie étaient pourtant claires : profiter de cet élan pour bâtir un Centre National de Gestion des Crises Sanitaires. Une telle structure serait une véritable bénédiction, car les crises sont cycliques. Au-delà des pandémies mondiales, nous faisons face quotidiennement à des endémies locales, comme le choléra, qui nécessite une prise en charge spécialisée et permanente.
Au-delà de l’infrastructure physique, c’est une véritable hémorragie financière que nous observons. En ne pérennisant pas les acquis de la période COVID, le pays se rend coupable d’un gaspillage de ressources sans précédent. Les financements massifs, issus tant du budget de l’État que de la solidarité internationale (FMI, Banque Mondiale, partenaires bilatéraux), auraient dû servir de fonds de roulement et d’investissement initial pour une architecture sanitaire résiliente.
Au lieu de cela, nous nous retrouvons dans un cycle de « perte sèche » : on finance l’urgence à prix d’or pour ensuite tout démanteler, nous condamnant à recommencer de zéro et à payer le prix fort lors de la prochaine épidémie. C’est une gestion à vue qui hypothèque la viabilité économique de notre système de santé.
Il faut souligner que l’atteinte de la Couverture Santé Universelle (CSU) ne dépend pas uniquement de la structuration théorique du système, mais surtout de sa capacité de gestion opérationnelle, conformément aux prérequis de l’OMS. Sans une infrastructure de veille et de réponse durable, la CSU restera un horizon lointain.
Albert ZE »